à La découverte de
l'anthropocène

De la même manière que je ne connaissais pas l'URBEX lorsque j'ai exploré mes premières friches, ma confrontation aux traces de notre impact sur l'environnement s'est faite sans la moindre connaissance du terme, d'abord conceptualisé, d'anthropocène. Un néologisme devenu un terme scientifique pour qualifier une ère nouvelle, celle d'un changement climatique aux origines anthropiques : l'humain est alors présenté comme une force à part entière et à considérer comme telle dans la mécanique des interactions qui font et défont nos écosystèmes.

Tandis que l'urgence écologique apparaît de plus en plus comme une projection fataliste des catastrophes à venir, de rapport en rapport signés des scientifiques du GIEC, on peut s'étonner de la difficulté de transmettre au grand public ce qui se dessine comme une réalité : celle d'un monde en perdition, qui a déjà raté l'occasion de limiter les dégâts et qui doit maintenant se préparer aux crises à venir.

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​L'humanité a généralisé les transformations de son environnement à des fins économiques, comprenant la circulation des individus (les flux humains) des matières premières et des marchandises. En 2014, en Norvège, je me suis intéressé à la représentation de ces transformations et de ces flux, proposant comme ci-dessus une illustration de ce que peut être le processus actuel de Terraformation, tel que le définit le géologue et directeur de l'Ecole Urbaine de Lyon Michel Lussault.

La Norvège est forte d'une image éco-responsable et dynamise le secteur des énergies renouvelables (99% de la production énergétique nationale provient de centrales hydroélectriques). Pourtant, son économie est construite sur l'industrie pétrolière. Ce "Rockpiper" (photographie ci-dessous) est un navire poseur de canalisations, des tuyaux aussi nommés pipelines et qui servent à connecter les plates-formes de forage à des raffineries à terre.

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Ces navires de la CGG (photographie ci-contre) sont maintenus à quai pour désarmement. La société, en faillite en raison d'une crise de l'offshore, participait à l'exploitation des profondeurs marines à l'aide de cette flotte équipée de matériels sismiques afin "d'interpréter la présence de réservoirs d'hydrocarbures". Ces bateaux seront restés au port de Dunkerque pendant 4 années, créant une "zone morte" de l'activité portuaire par la présence de ces "restes".

Ils ont intégré en juillet 2019 la flotte norvégienne de Shearwater & Eidesvik, en partance dans le nord de l'Europe avec l'espoir d'y découvrir de nouveaux réservoirs de pétrole et de gaz.

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Présentant d'abord la logistique de ces mouvements qui font l'anthropocène, je me suis aussi intéressé aux conséquences, soit les manifestations indirectes de la Terraformation : 75 % du trait de côte européen régresse significativement et parfois rapidement. Effet du dérèglement climatique via la montée de la mer, mais également de l'impact géologique de l'activité humaine, l'érosion transforme le littoral français : un quart (24 %) du trait de côte métropolitain recule contre un dixième du littoral qui est en engraissement.

Cette mécanique des mouvements et des interactions, Michel Lussault en parle comme du Métabolisme du système urbain...

Pour aller plus loin Michel Lussault : de l'extractivisme au métabolisme urbain - cours public 2021

Michel Lussault est géographe, professeur à l’Université de Lyon (École normale supérieure de Lyon), membre du laboratoire de recherche Environnement, villes, sociétés et du Labex IMU (laboratoire d’excellence Intelligence des mondes urbains) de l’Université de Lyon, et directeur de l’École urbaine de Lyon. Dans son travail, il analyse les modalités d’habitation humaine des espaces terrestres, à toutes les échelles et en se fondant sur l’idée que l’urbain mondialisé anthropocène constitue le nouvel habitat de référence pour chacun et pour tous.

Les résidences en
Amérique du Sud

2015

Avec l'artiste Laurent Chiffoleau nous avons réalisé notre première résidence de travail sur le thème des flux en Argentine, créant la notion de Flux Organicistes.

Deux autres suivront, en Colombie (2017) et au Nicaragua (2018), illustrant l'impact des flux depuis la colonisation de ces territoires à aujourd'hui.

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