Dans les couloirs
du temps.

Chaque usine explorée, chaque territoire abandonné donnent à observer un monde oublié à l'esthétique saisissante. A travers ces photographies, je propose à la fois une critique et une mise en garde, créant des tableaux aux sujets actuels : l'exploitation de nos ressources, sur fond de crises sociale, économique et environnementale.

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De l'Autre Côté de la Rue

Usines abandonnées - Boulogne sur mer, 2019

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Traces
et stigmates.

Réinterprétation des Vanités de l'Homme, les symboles ici recherchés sont ces traces qui témoignent de notre passage, tels des empreintes sur le monde. Allégorie de l'anthropocène, ces images illustrent donc la fragilité d'un système éphémère, basé sur un extractivisme et un épuisement des ressources naturelles au service des "puissants".

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Nature Morte

Usine abandonnée - Belgique, 2016

Paysage
artificiel.

Paysage, nom masculin : étendue spatiale, naturelle ou transformée par l'homme, qui présente une certaine identité visuelle ou fonctionnelle : paysage forestier, urbain, industrialisé, etc.

En novembre 2020, la Cour des Comptes déplorait « L’équivalent de 596 000 hectares artificialisés en dix ans. » Depuis 1982, 57.600 hectares sont artificialisés en moyenne par an.

" Ces pertes représentent 4,3% de la superficie totale du territoire métropolitain, soit l’équivalent de l’ancienne région Lorraine. Si les surfaces consacrées aux grandes cultures augmentent (+2,6 millions d’hectares entre 1982 et 2018), elles ne compensent pas la disparition de 2,3 millions d’hectares de surfaces toujours en herbe, de 2,1 millions d’hectares de jachères et de prairies temporaires, de 400 000 ha de vignes et de vergers et de 200 000 ha de sols agricoles annexes (chemins cours de ferme).> Source <

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Môle 2

Dunkerque, 2016

Dialogue avec
Marthe Magrou.

En parallèle d'un travail photographique sur le paysage industriel, j'ai réalisé différentes séries afin de questionner le monde agricole. L'agriculteur contemporain voit son identité être aliénée au regard des citadins et des consommateurs. Ma rencontre avec Marthe Magrou a donné naissance à un dialogue, entre la vision poétique de l'artiste, et l'expertise scientifique de la sociologue de l'agriculture et des changements sociaux.

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Paysage rural

Ferme abandonnée - Côte d'Opale, 2013

Sociologie
de l'objet.

" Ces travaux sur les fermes abandonnées disent l'échec : l'exploitation n'a pas été reprise, elle était devenue caduque. On perçoit tout le passé, le travail et les espoirs envolés, oubliés, effacés, des gens qui s'en vont et ne reviennent pas. Mais elles disent aussi que si la ferme a fermé ses portes, que le temps l'a dégradée, les terres, elles, ont été reprises par d'autres agriculteurs. Ces terres de l'échec permettent à d'autres de "grossir" et parvenir ainsi à tenir face à la tempête économique. "

" Dans ma thèse, je démontre que l'économie de marché pèse de tout son poids pour faire lâcher les petits agriculteurs : il faut que des terres se libèrent, et que les fermes grossissent pour faire face aux impératifs de l'économie. En cela je démontre que l'épidémie de suicides chez les agriculteurs n'est pas due à ce qui serait une faiblesse de leur part (avoir été psychologiquement faible), mais du contexte économique qui agit sur eux comme un rouleau compresseur. Je parle de causes qui tiennent du système économique, de "suicides structurels" ; de la responsabilité que nous avons d'aider les agriculteurs à se reconvertir, les aider à tenir le choc, et même de valoriser leur acte d'arrêter leur exploitation. "

" Certains sociologues anglo-saxons estiment que l'objet est un acteur social comme un autre, puisque nous inter-agissons avec eux. Or, l'Homme est bien plus complexe, et ses activités le sont tout autant.

Avec l'étude des épouvantails, je démontre que l'Homme demeure toujours maître de ses actions. L'agriculteur ne peut pas être en permanence dans son champ à chasser les oiseaux. Lorsqu'il utilise des épouvantails, il leur délègue cette tâche pour agir en son nom et dans son intérêt. 
Je réponds ainsi que l'objet est toujours une prolongation de l'Homme, y compris l'intelligence artificielle et les robots qui sont conçus et dirigés par l'Homme. "

Marthe Magrou

Echange de correspondance

Octobre 2022

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L'utilisation de l'épouvantail
dans l'agriculture contemporaine.

Ces fermes vides de toute âme n'étaient pourtant pas en manque d'histoires à raconter. Rapidement j'ai perçu une forme de solitude des agriculteurs, ainsi qu'un violent abandon à leur sort. Par qui ? Pour quoi ? Ces questions demeuraient. C'est en me confrontant à l'identité de ces ouvriers de la terre que j'en suis venu à leur donner vie, en photographiant les épouvantails de la région.

La sociologue Françoise Duvignaud en parle comme d'un « phénomène social total ». Pour moi, cet épouvantail incarne l'aliénation de l'identité de l'agriculteur, à la fois tenu hors de nos paysages urbanisés et pourtant, tenu de nourrir ses habitants. Ainsi, ce visage parfois fantomatique réside dans nos campagnes en protégeant ses récoltes.

Je remercie Marthe Magrou qui a bien voulu échanger avec moi sur ces questions. Sociologue de l'agriculture et des changements sociaux, M.Magrou a rédigé une thèse étoffée de plus de 600 pages, qui traite de l'utilisation de ces épouvantails dans l'agriculture contemporaine. L'agriculture est la profession la plus marquée par les suicides en France. Depuis 2016, 529 agriculteurs se sont suicidés, d'après les chiffres de la Mutualité Sociale Agricole (MSA). Ce travail a également pour objectif de sensibiliser le grand public sur cette réalité, ainsi que sur l'importance de nos pratiques de consommateurs.

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Scarecrow

Côte d'Opale, 2013

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Fagor-Brandt

Une résidence de 2016 à 2022 sur le site des anciennes usines Fagor, en collaboration avec la Biennale d'art de Lyon.