Défrichage Photographique

 Mai 2017 : organisation de la quinzième édition du festival Nuits Sonores. C'est à cette occasion que j'ai réalisé une série photographique dans les Usines Fagor alors en friche, qui s'apprêtaient à accueillir l'emblématique festival de musiques électroniques. L'occasion également d'apporter de la contenance à mon travail d'URBEX, d'entrer plus encore dans une forme de réflexion quant à la nature d’une friche, son origine, son devenir, ce qu’elle représente littéralement et métaphoriquement.

 Cette exposition fut présentée à la Mairie de Lyon, dans le 7e arrondissement (où se situe le site). Un accrochage agrémenté d’une rencontre, toujours en partenariat avec le festival et la municipalité : " Friches et Patrimoine à l’Heure de la Ville Durable ", tel était le titre de cet échange qui se déroula à l’ENS de Lyon, dans un objectif d'ouverture entre l'art et l'industrie, les problématiques patrimoniales et celles du développement durable.

 Dans le cadre de ce projet artistique, dans une démarche proche de l'archéologie, je me suis positionné de manière à révéler l’inhumanité qui caractérise l’économie mondiale par le biais de ses calculs stratégiques, ses délocalisations et exploitations de vies parfois sacrifiées : apparaissent alors l'absence de l'individu dans ces longs couloirs et la présence d'objets témoins de ce passé, de la riche histoire d'une activité industrielle fleurissante, devenue iconique et patrimoniale.

 La lumière naturelle joue aussi un rôle important, venant provoquer le " silence assourdissant de l’obscurité " dans laquelle sont plongés ces espaces, qui sont exemples d’un patrimoine matériel trop souvent oublié.

Septembre 2018 : réalisation de la seconde partie de ce projet, intitulée De l'Autre Côté de la Rue.

- Découvrez la galerie, ainsi qu'un chapitre historique et une installation vidéos ci-dessous :

" Calcul des indemnités de licenciement " - Lyon, 2017

Fagor-Brandt / Lyon

 Ancien fleuron de l’industrie lyonnaise, le site Brandt, producteur de machines à laver, employait jusqu’à 2000 personnes dans les années 80 - en 1980 près de 548.000 produits furent assemblés dans ces lieux. Une production qui va en déclinant au début des années 2000, justifiant ainsi la vente à l’Espagnol Fagor en 2005, qui ne tarda pas à délocaliser une partie de sa production en Pologne. En 2011, la société qui ne produit plus de machines à laver sur le site lyonnais, décide de céder le complexe industriel à la CIAPEM, nouvellement renommée la Société d’Innovation Technologique de Lyon (la SITL). Celle-ci s’engage à maintenir les 450 salariés ainsi qu’une partie de la production de lave-linge, espérant en parallèle créer une reconversion grâce à la production de véhicules électriques : contre l’ambition de 3000 voitures produites par an, la réalité d’un désastre avec seulement 30 assemblages dans l’année 2014. Nouvelle crise, nouvel acquéreur : Cenntro Motors, entreprise sino-américaine, se positionne puis dépose le bilan seulement un an après le rachat de l’usine. La liquidation est prononcée le 30 octobre 2015, entraînant la suppression de 382 emplois - une rumeur veut que l’entreprise désirait uniquement obtenir les droits et brevets de production des véhicules, afin de lancer sa chaîne en Chine. 

installation vidéos

là où les eaux

se mêlent

Titre détourné de la 15e Biennale d'art de Lyon

Installation vidéos - diptyque

Vidéo 1 : Etretat, façade atlantique

Vidéo 2 : usine Fagor, Lyon 7e

Nicolas Coutable, 2017

 Superposés et diffusés simultanément via des écrans posés l'un sur l'autre,  les plans séquences d’une minute associent deux lieux a priori sans lien. Le premier, placé au-dessous, est tourné dans l’une des allées entre les hangars en friche de l'Usine Fagor, symbole d’une mondialisation propice aux délocalisations. En pleine exploration et en amont du festival Nuits Sonores, sans explication, le dispositif anti-incendie s’est enclenché et après plusieurs minutes, menaçait d’inonder l’espace.

 Dans la vidéo du dessus, le sentiment d’urgence est renforcé par le son de l’écoulement de l'eau contre les galets ; un rythme s'impose et casse la monotonie de la seconde captation : vague après vague, celles-ci menacent d’emporter l'objectif au fond des océans.

   L'oeuvre entremêle les sons, les images et les interprétations défilent de manière à illustrer les liens entre industrie et environnement, placés sur le même plan.

 Là où les Eaux se Mêlent est une référence directe, de par son titre, à la 15e Biennale Internationale d'Art Contemporain de Lyon, qui se déroulera pour la première fois dans les Usines Fagor, du 18 septembre 2019 au 5 janvier 2020. Ayant intégré en mars 2019 l'équipe de médiation Veduta, dédiée à l'organisation de cette Biennale, mon histoire personnelle est aujourd'hui étroitement associée à ces murs.

 Cette installation vidéos s'inscrit comme un point final dans l'ensemble de mon projet d'exploration des friches industrielles à travers la France. Après avoir dressé le portrait de cette économie libérale source de destruction, au croisement des mondes qui façonnent nos sociétés, elle est un trait d'union avec la suite de mon parcours artistique ; une transition vers le projet Fluxus Organico qui m'a amené à traverser un océan pour, à trois reprises (Argentine - 2015 ; Colombie - 2017 ; Nicaragua - 2018), réaliser un travail de terrain, afin de matérialiser l'influence des flux, sous toutes leurs formes, sur les territoires sociaux-économiques mondialisés (peuples indigènes ; descendants de flux migratoires ; territoires et friches industrialo-portuaires).

 Découvrir mon article de présentation de la 15e Biennale d'Art de Lyon.