Juillet 2020, Italie.

Ce ne pouvait pas être un voyage anodin, de ces banales escapades estivales qui vous emmènent dans les méandres des flux inaltérables du tourisme international ; ils ont bien été altérés. Cet été 2020 se caractérise par une troublante saveur propre au confinement de l’humanité. Nous n’avons de cesse d’espérer qu’un nouveau monde naîtra des cendres du consumérisme et pourtant, tel l’immortel Prométhée, notre société bien que blessée réapparaît chaque matin pour mieux entretenir la chimère qui tous nous aveugle.

Claire et moi-même avions à cœur d’organiser notre premier voyage ensemble depuis le mois de février. Une histoire de pangolin plus tard, et nous voici tous cloués au lit. Un moindre mal pour certain.e.s, bien que cette crise aura été pour d'autres d’une violence que l’on ne perçoit encore que trop furtivement.

 

Déconfinés, mais cloués au sol, nous avions toujours le désir de voyager, ou devrions-nous parler d’un besoin : celui de se libérer l’esprit, voir plus loin que ces 10 puis 100 kilomètres à partir de notre domicile. L’idée était simple : découvrir de nouveaux horizons, (re)découvrir la culture antique de notre civilisation, le tout en limitant au maximum nos dépenses. Notre choix s’est naturellement porté sur l’Italie, partant pour un roadtrip de neuf jours au départ de Lyon afin de rejoindre Rome ; de « Lugdunum » à Roma, comme un symbole pour nous qui avons arpenté les rues du Vieux-Lyon deux mois durant.

Afin de débuter notre périple, nous avons roulé toute une journée en prenant la direction des Cinque Terre, avec une première étape à Oulx. Cette petite ville est la première d’Italie après la frontière et se trouve à 264 km de notre point de départ :

Itinéraire sans péage au départ de Lyon, vers l'Italie

Choisir sa route

L’intérêt est évidemment économique puisque l'on économise 70€ en évitant les sections à péages ! Comptez tout de même 4h30 de route au lieu de 2h, pour une consommation relativement similaire (env. 25€ de carburant). Aussi, notre décision fut stimulée par l’envie d’emprunter un itinéraire plus agréable que monotone, traversant notamment les Deux Alpes...

Passée la frontière, le mieux reste les autoroutes et sections à péages en passant par Turin et Gêne. Les mêmes 4h semblent être une éternité sur ces routes, entre les travaux et les bouchons, mais vous ne dépenserez qu’une quinzaine d’euros de péages afin d’économiser 2h. Destination au choix afin de se rapprocher des Cinque Terre : Moneglia ou Levanto, deux villes séparées de quelques kilomètres.

Passage des Deux Alpes, prêt de la frontière franco-italienne

La Meije, massif des Écrins, France - juillet 2020

Itinéraire le plus rapide pour rejoindre les Cinque Terre depuis la frontière

Voyager dans

les Cinque Terre

Il est fastidieux de vouloir visiter le Parc National des Cinque Terre avec votre véhicule. Chacun des cinq villages bordent la Méditerranée au pied d’un relief montagneux accidenté : vous seriez alors contraint de garer votre véhicule sur des parkings assez coûteux à chaque étape et la route qui relie ces villages peut s'avérer éprouvante, puisqu'elle s’enfonce dans les hauteurs. Notre conseil : achetez un billet de train « Cinque Terre », valable toute la journée. Au départ de Levanto, il vous en coûtera 16€ afin de circuler librement de l’un à l’autre comme bon vous semble, sachant que seules quelques 5 minutes de train séparent les villages entre eux. Enfin, il y a un train environ tous les quart d’heure.

Itinéraires voiture / train permettant de traverser les Cinque Terre d'ouest en est, entre les cinq villages :

 Monterosso al Mare, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore

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Nous sommes restés trois jours aux Cinque Terre et pourtant notre choix de logement ne s’est pas porté sur Levanto, qui pour ces raisons pratiques est bien plus touristique et les logements y sont donc plus chers. Claire, qui a un talent certain pour dénicher les perles rares, nous a trouvé une chambre chez Paulo qui tient un véritable Bed & Breakfast dans les hauteurs de Moneglia - à 30-40 minutes de la gare de Levanto. Dans une ambiance d’auberge de jeunesse (toutes les chambres sont privatisées mais la salle de bain est partagée) avec vue sur les collines et la mer, il s’agissait pour nous de profiter de l’accès à la cuisine afin de préparer nos repas, tout en bénéficiant du petit déjeuner inclus.

Vue sur Moneglia depuis la terrasse du B&B de Paulo

Concrètement, cette adresse (tous les logements du voyage sont répertoriés en fin d’article avec les liens) est la bonne si vous désirez réduire vos frais et garder l’esprit d’un voyage en pleine nature, loin du parcours traditionnel. Aussi, vous aurez l’occasion de descendre à Moneglia (attention, la route étroite à double sens explique qu’il y ait moins de touristes qu’à Levanto) et profiter du charme authentique de cette ville, afin d’y déguster une glace au bord de l’eau – on vous conseille le Simonetti, glacier depuis 1963 !

Comptez simplement une quarantaine de minutes de voiture le matin pour rejoindre la gare de Levanto, où il est facile de trouver des places gratuites (rapprochez-vous du secteur Albero d’Oro et du Camping 5 Terre). À Partir de là, votre visite des Cinque Terre peut commencer...

Une page d'histoire

Si Monterosso Al Mare est considéré comme le plus grand des cinq villages, le plus touristique et le plus connu, c’est également le plus ancien ! Les premiers documents historiques qui attestent de l’existence des Cinque Terre remontent au XIe siècle, époque où Monterosso et Vernazza ont vu le jour. Les cinq villages se sont développés autour de la pêche, des vignobles ainsi que de la culture des oliviers, qui font l’une des particularités de ce paysage atypique.
Les fortifications visibles le long de la côte ont été construites ou renforcées pendant le XVIe siècle, afin de contrer les attaques turques. C'est au XXe siècle que l’apparition du chemin de fer a permis de mettre fin à l’isolement des villages. Cependant, la précarité toujours plus importante a poussé les habitants à se tourner vers le tourisme, depuis 1960, aux dépends des activités traditionnelles. 

Contrairement à ce qui est prétendu, la couleur vive des maisons n'est pas authentique mais est apparue en 1970, lorsque les villages commencèrent à s'enrichir grâce à cette nouvelle activité. C'est ensuite que fut fondé, en 1999, le Parc National des Cinque Terre.

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1er jour : bloqué à Levanto sous le déluge, nous avons fini

par rejoindre Riomaggiore en train

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Notre coup de coeur

On nous avait prévenus, lorsque l’on est à Manarola, on veut y rester ! C’est très certainement le village où l’on retournera sans hésiter, car il n’est pas aussi touristique que Vernazza (qui se donne faussement un genre authentique avec ses façades délabrées) ou Monterosso et sa longue plage privée ; mais également parce que s’y cache une pépite : le Trattoria dal Billy. 
Évidemment il ne faut pas se laisser embarquer par les restaurants et snack de l’avenue principale, mais se perdre au contraire dans les hauteurs (attention au coup de chaud dans les escaliers !) Nous y avons trouvé une vue unique sur Manarola et la Méditerranée, en plus d’une carte exemplaire : 10€ le plat de pâtes au pesto faites maison,  ou encore les pâtes aux crevettes. Tout simplement délicieux
!

Trattoria dal Billy : la plus belle vue de Manarola

Focus : Florence

La Cathédrale Sainte Marie de la Fleur, vue depuis le belvédère de Florence

L'itinéraire idéal : prendre la route pour Rome en vous arrêtant à Pise, mais surtout, à Florence. Nous avons décidé d'y séjourner deux jours et deux nuits avant de poursuivre vers la capitale romaine. On ne s'attendait pourtant pas à vivre l'étape la plus difficile de notre voyage. D'abord, la déception de ne pouvoir visiter certains musées le lundi, notamment la prestigieuse Galerie des Offices - et on ne peut que s'en vouloir, alors pensez-y pour votre futur voyage. Aussi, le rapport avec les employés sous pression de l'office de tourisme qui ne nous ont pas permis de visiter la Cathédrale, sans particulièrement faire preuve de politesse : plus de places disponibles, en plus des mesures sanitaires appliquées, Florence était autant assiégée par les touristes que par la Covid-19... Les contrôles de température étaient systématiques jusque dans les commerces (et bravo pour cela !) et enfin, la présence renforcée d'ambulanciers dans les rues afin de traiter des suspicions de coronavirus... Le tout sous 38 à 40°C ! Un étrange séjour bien que magnifié par la beauté et l'architecture aussi subtile qu'imposante de la Cathédrale Sainte Marie de la Fleur.

Santa Maria del Fiore

Avec Rome, Séville et Milan, Florence compose la liste des quatre plus grandes églises d'Europe - seule la magnifique Cathédrale Saint-Paul de Londres peut rivaliser.

Achevée en 1436 au terme de 140 années de construction, Santa Maria del Fiore marque le début de l'architecture de la Renaissance. La nef centrale est volontairement "peu" surélevée. En découle le choix des fenêtres supérieures, des "yeux" circulaires, simplement moins problématiques du point de vue structurel.

L'ensemble, moins le dôme, est achevé en 1421. Trois ans auparavant, un concours est publié afin de préparer la conception du dôme ; le considérable prix mis en jeu ne sera en fait jamais attribué. C'est à cette époque que se passe la célèbre anecdote de la « dispute de l'œuf » : les rivaux de Brunelleschi, qui travaillait déjà sur un modèle, expriment le désir de voir ses plans. Brunelleschi refuse, mais propose que le vainqueur soit celui qui sera capable de faire tenir un œuf debout sur une plaque de marbre. Chacun essaie sans succès, alors Brunelleschi leur montre la solution en l'écrasant légèrement à la base, ce qui le fait maintenir droit en équilibre. Il est ainsi décidé de lui confier la construction du dôme.

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Impressionnante au premier regard, unique dans ses plus infimes détails

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L'incontournable !

La Focaccia, c'est une histoire de tradition et vous seriez bien avisé de vous laissez tenter par cet énorme sandwich ! Suffisant pour tenir toute une journée, il ne faut pas avoir peur du gras et des ingrédients copieux... Jambon, fromage, bacon, sauces et légumes, c'est disproportionné mais savoureux. Alors, choisissez bien votre adresse ou l'expérience risque d'être d'une saveur moins agréable que prévue !

Tout le monde vous conseillera All'antico Vinaio : 20.000 notes sur Google, prêt de 30.000 sur Tripadvisor, et on peine à en saisir la raison. Ces avis motivés par l'effet de mode créent une fil d'attente qui doit s'allonger à plus de trente minutes pour, on le rappelle, un sandwich. Autant dire que l'on n'a pas chronométré, puisque 20 mètres plus loin il y a La Fettunta - 1600 notes sur Google, allez comprendre - qui propose strictement les mêmes Focaccia dans un cadre chaleureux, avec moins de 5 minutes d'attente... Elle apparaît comme étant le choix de la raison !

Contournez la foule d'inconscients de la Via Dei Neri, le Gra(s)al vous tend les bras à la Fettunta

Rome à l'épreuve du Coronavirus

La Place Saint-Pierre terriblement vide, un jeudi en plein été

Une vision qui aspire à la tristesse. Sur les principales places de Rome, les serveurs dominent des terrasses abandonnées par les touristes et tentent de nous attirer à leur table ; les quelques guides francophones font état d'une catastrophe pour leur secteur, bien que la situation semble être une chance pour nous et nos semblables ayant bravé le danger. Étrangement, là-bas plus qu'ailleurs en Italie, nous avons ressenti la menace du virus comme s'il s'agissait d'un destructeur du monde civilisé. Mais de quelle civilisation parlons-nous ? Celle capitaliste, qui a toujours motivé la précarité des secteurs économiques du tourisme et qui dorénavant en paye le prix fort ? Encore une fois, c'est injustement les plus pauvres, parfois les plus dévoués, qui souffrent directement de cette crise. Néanmoins, les temples millénaires à commencer par le Panthéon, la cité antique et celle du Vatican résistent et résisteront à cette crise et aux prochaines - si ce n'est celle environnementale qui, on peut l'imaginer, ne fera pas dans la distinction sociale...

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L'art de la table

Ruelles étroites et charme antique conservé, c'est à Trastevere que l'on retrouvera l'ambiance la plus populaire de la ville ; c'est également le point central de la restauration romaine et de la jeunesse. Grâce à son isolement partiel et à une population multiculturelle depuis l'antiquité, les habitants y ont développé une culture qui leur fut propre. Pour l'histoire et le patrimoine de ce quartier, c'est donc un incontournable !

Afin de s'y restaurer, on vous conseille le Tonnarello : probablement le meilleur rapport qualité / prix sur ce voyage, avec une pizza comme on en mange rarement  (10€). La réservation est conseillée, car même en pleine crise le lieu ne désemplit pas ! Et si vous ne l'avez pas encore fait, arrêtez-vous à une terrasse pour déguster le légendaire Spritz : ce cocktail alcoolisé répandu dans toute l'Italie est né de l'occupation de soldats autrichiens en Vénitie. Souhaitant des boissons plus légères, ils allongeaient le vin local avec de l'eau. Le Spritz contemporain n'est autre que du vin blanc à l'eau de Seltz mélangés au Campari ou à l'Aperol, qui donnent cette couleur orangée.

Le quartier de Trastevere, emblématique, populaire, et savoureux !

Une dernière pour la route !

Une partie en ruine de l'Abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse

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La visite est payante et l'on doit se couvrir les épaules pour entrer

Le retour n'est jamais à négliger et il sera toujours plus beau lorsqu'il est intégré au voyage ! Au départ de Rome pour regagner Lyon, nous avons choisi une étape aux alentours de Turin, un peu au hasard sur la carte, en recherchant la nuit la moins coûteuse possible. Claire a ainsi trouvé le parfait cocon pour une nuit insolite en couple, dans un ancien pigeonnier ! C'est dans l'inconnu que nous sommes arrivés en Piémont, au petit village d'Avigliana, au pied du mont Pirchiriano. Et quelle ne fut pas notre surprise en découvrant qu'à son sommet (962m d'altitude) était perchée l'Abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse ! "L'abbaye fut probablement fondée vers 983-987 par Hugues de Montboissier le Décousu, près d'une ancienne chapelle construite par l'ermite Jean Vincent."

Aujourd'hui l'Abbaye se trouve sur le parcours de la Via Francigena (depuis Canterbury). On y apprend qu'elle se situe également sur un alignement très précis d'édifices dédiés à Saint-Michel, de l'Irlande à Israël, dont le Mont Saint-Michel en France. "Selon la légende, la ligne sacrée représente le coup d’épée que l’archange asséna au diable pour le renvoyer en enfer." Une statue en bronze de saint Michel l'Archange accueille visiteurs et pèlerins ; elle a été créée en 2005 par le sculpteur du Tyrol du Sud Paul Moroder.

Se loger en Italie :

Voici une liste de tous nos logements durant le voyage. A notre grand bonheur, chacune de ces adresses furent à la hauteur de nos attentes ! Chaque prix affiché est ce que l'on a payé pour deux, mais les prix sont susceptibles d'évoluer en fonction de la période de votre réservation :

  • Moneglia

B&B - Bella Vita

175€ - 3 nuits - les plus sont clairement le copieux petit déjeuner proposé par Paulo, avec un authentique café italien à déguster sur la terrasse, et profiter de la vue sur Moneglia.

  • Florence

Cadorna

66€ - 2 nuits - en parlant de petit déjeuner, c'est ici que l'on a profité du plus exemplaire avec des oeufs durs, du café, de la confiture maison... Dans une auberge de jeunesse vivante et agréable ! 

  • Rome

Villa Marta Stanza Zenzero

77€ - 3 nuits - pour une chambre privée avec salle de bain dans cette sublime villa, et la meilleure literie du voyage ! Très pratique en voiture pour rejoindre Rome, mais il est possible de circuler en train depuis une gare à proximité où garer votre véhicule. Le prix incroyablement bas s'explique probablement par l'absence de touristes en raison du coronavirus.

  • Avigliana

L’Antica Colombaia

40€ la nuit dans cet ancien pigeonnier des plus romantiques ! Un endroit idéal pour explorer la région. On pense y revenir très bientôt...

Le pont Vecchio (au centre de l'image), à Florence.

"Il est à la fois le pont, la rue piétonne, la galerie marchande, le plus ancien (XIVe siècle), le plus célèbre et le plus touristique de la ville, dont il est l'un des emblèmes."

Coutable Nicolas 2020, Lyon (Fr)

nicolas.coutable@gmail.com

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