Fagor - brandt

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Sous le nom de "Confort Rationnel par l'électricité, SA", la société émerge sur le territoire industriel lyonnais en 1945, spécialisée dans les appareils électro-ménager. Ce n'est qu'en 1969 qu'elle prend le nom de Compagnie d'Appareils Electroménagers (C.I.A.P.E.M). Le site employait jusqu'à 2.000 personnes au début des années 80. La délocalisation progressive de la production à partir de 2005, avec le rachat par l'espagnol Fagor, provoque son déclin. La lutte des ouvriers et les plans de reconversions de la production ne sauveront pas l'usine qui ferme ses portes en octobre 2015, entraînant le licenciement des 382 salariés encore actifs. Depuis 2016, en collaboration avec les collectivités et la Biennale de Lyon, je mène ce projet photographique au cœur du site laissé en partie à l'abandon.

Anciennes usines Fagor-Brandt

Lyon, décembre 2016

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Drapeau de l'équipe de foot de l'entreprise

Fagor-Brandt, Lyon, décembre 2016

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Bureau du syndicat

Fagor-brandt, Lyon, janvier 2017

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Pierre Campoy

Fagor-Brandt, Lyon, mars 2022

Pierre est entré à l'usine à l'âge de 20 ans, le 30 août 1982 : "c'est une date que je n'oublierai jamais." Un diplôme de magasinier comptable en poche, "un truc qui ne sert qu'à l'armée, où j'avais dû gérer des stocks", Pierre Campoy pense alors accepter un contrat pour dépanner. Il passera finalement 33 ans de sa vie aux anciennes usines Fagor "tout en évoluant dans la hiérarchie. J'ai commencé par coller des étiquettes sur les quais, avec un seau de colle et un pinceau." Peu intéressé par ce premier rôle dans la chaîne, on lui propose un  second poste à l'étage, aux pièces détachées : "c'est comme ça que je suis passé de magasiner à responsable de magasin, puis au laboratoire où je faisais des essais de prototypes..." avant d'être formé, à 50 ans, au métier de commercial.

Marie Morano

Fagor-Brandt, Lyon, mars 2022

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Marie Morano

Fagor-Brandt, Lyon, mars 2022

1985 : Marie intègre le site industriel et ses chaînes de production à l'âge de 18 ans. "Mes parents y travaillaient aussi, Antoine et Lucie. Je viens de perdre mon père, il a fait toute sa carrière ici. Il était cariste. Ils sont arrivés d'Italie dans les Ardennes, puis il a trouvé ce travail à Lyon grâce au parrain de ma sœur. J'ai fini mes études, je cherchais à mon tour un travail, je me levais à 5h du matin, je courais dans tous les sens pour trouver et c'est papa qui m'a fait rentrer dans la boîte."

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Fagor-Brandt

Lyon, février 2022

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Fagor-Brandt

Lyon, mars 2022

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Fagor-Brandt

Lyon, février 2022

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Thierry Bourdin-Duet, redécouvre son ancien bureau devenu œuvre

Fagor-Brandt, Lyon, février 2022

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Thierry Burgain

Fagor-Brandt, Lyon, avril 2022

Peut-on parler de lui comme du dernier salarié du site Fagor-Brandt, à Lyon ? Oui, mais plus encore. Thierry Burgain a vécu les transformations, les révolutions, les délocalisations, les ventes et les promesses, puis les espoirs et les désillusions. Ingénieur dans les laboratoires de la société Fagor-Brandt, Thierry se sera battu aux côtés de ses nombreux collègues pour survivre. On ressent chez lui cet attachement à l'entreprise et ce dévouement pour l'équipe lorsqu'il évoque ce passé de luttes et de négociations.

Lorsque le site bascule chez Cenntro Motors, Thierry Burgain est conservé par le groupe Fagor-Brandt qui développe un nouveau site en Algérie. Depuis 2015, il travaille dans ce même laboratoire, seul au milieu des couloirs et des salles vides. L'image d'un gardien, de la mémoire et d'un savoir-faire français en perdition...  

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Fagor-Brandt

Lyon, avril 2022

Appel à
Participation

Work in Progress...

Vous êtes un.e ancien.ne ouvri.er.ère du site ? Ouvriers, salariés, votre témoignage compte ! Participez à ce projet afin de créer ensemble une exposition de vos mémoires collectives et personnelles du site industriel Fagor-Brandt :  

Merci pour votre envoi !

" La vie à l'usine quand tu rentres à 20 ans, à l'époque, il y avait encore cette hiérarchie par rapport à l'âge... L'ancien quand il parlait il était respecté, c'est lui qui t'apprenait le métier. Après il y avait les amitiés qui se formaient : il y avait un club de foot, un club photo, un club d'échec, de danse ou encore de tennis. Il y avait un gros CE, l'équipe de foot a même été championne de France Corpo. C'était pas que l'industrie, il y avait un pourcentage du chiffre d'affaires qui partait au CE pour financer les déplacements. On embauchait des salariés à des postes un peu pénard parcequ'ils étaient bons au ballon. Ces mecs là étaient sacralisés. Avant, on faisait des casses-croûte ensemble, même la veille de Noël. Aujourd'hui, tu fais ton taff et tu pars. " - Pierre Campoy, ancien salarié, élu du personnel.

Marie Morano, ancienne salariée : " Quand on vissait le programmateur et le thermostat, il faut savoir qu'on avait une visseuse qui n'était pas coulissante. Il fallait forcer, forcer... et à force de forcer, je me suis esquintée le bras et l'épaule, j'ai été immobilisée pendant un moment. J'ai toujours des douleurs, plus de 20 ans après. Puis on nous a basculés en bas, sur les chaînes de montage. Je me suis encore esquintée le bras et je me suis dit que je ne pouvais pas continuer comme ça : j'ai fait des formations, et encore des formations. J'étais reconnue Cotorep et maladie professionnelle, donc ils m'ont mise sur un poste handicapé. Le dernier chef, un jour, il m'a fait peur, il me dit : Madame Morano, ça vous dirait de travailler dans les bureaux ? je me retourne et je dis : Pardon ? C'est une plaisanterie là ? il me dit : non non, c'est du sérieux Madame Morano. Me voir dans les bureaux, malgré que j'avais fait toutes les formations, c'était impensable. "

" Je suis entré dans l'entreprise le 4 juin 1987, après l'armée. Il y avait 1800 salariés sur site. C'était l'époque des Contrats Emploi-Formation. J'ai commencé opérateur pendant un an, sur une même ligne d'assemblage, puis j'ai été sélectionné comme animateur de l'îlot : je faisais de la maintenance, j'assurais les changements, je remplaçais les personnes qui avaient besoin d'aller aux toilettes... Des trucs basiques, avant d'être animateur du secteur qualité pendant 7, 8 ans. Après différentes missions j'ai pu devenir assistant responsable de ligne, avec le pilotage de la ligne complète puisque je connaissais bien tous les postes. Il y avait environ 80 personnes sur la ligne. Je voulais continuer à évoluer au sein de l'entreprise mais c'était bouclé. J'ai quitté l'entreprise il y a 14 ans, en 2008. Il restait 800 salariés.

J'étais bien chez Brandt, s'il n'y avait pas eu cette question d'évolution je serais resté. Avant on était quand même attaché à l'entreprise sans être carriériste. Maintenant la vision est différente : les gens consomment, la vie elle est comme les gens sont en fait. Ils sont consommateurs, ils ne restent pas au même endroit. "

Thierry Bourdin-Duet

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Paysages

Pluriels