Peuples
Afro-descendants

Fondée au 16ème siècle, la cité portuaire de Carthagène des Indes fut la porte d'entrée des conquistadors en Amérique du Sud. Cette ville située sur la côte caribéenne de la Colombie est inscrite au Patrimoine matériel de l'humanité par l'UNESCO, notamment pour ses fortifications. Sur la photo ci-dessous, les entrepôts qui jouxtent la place du centenaire - une place qui célèbre l'indépendance de la Colombie - servaient autrefois à entreposer les esclaves déportés d'Afrique et arrivés au port pour y être vendus. Aujourd'hui, la presqu'île artificielle et luxueuse qui se dévoile à l'arrière plan, rappelle que Carthagène des Indes est la capitale du tourisme dans ce pays. Un tourisme qui cède à toutes les dérives, drogues et prostitution et aux dépends bien souvent de populations immigrées vénézuéliennes, afro-colombiennes ou afro-descendantes.

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​Durant cette résidence à Carthagène des Indes et grâce à notre connexion avec l'artiste colombien Dayro Carrasquilla Torres, une occasion rare nous a été donnée de franchir la périphérie de la ville jusqu'au bidon-ville de "Nelson Mandela". Nous y avons fait le constat de la stigmatisation et du racisme institutionnalisé que subissent les populations minoritaires en Colombie, avec un contraste fort entre une Colombie "blanchisée" (le visage officiel des présentateurs télé ou encore des Miss nationales) et une Colombie marginalisée, des populations afro-descendantes notamment.

Le danger permanent sur ces routes nous a contraint à ne pas arrêter notre véhicule. C'est ce que j'ai cherché à exprimer à travers des photographies en noir et blanc, où des ombres aux visages fuyants sous-entendent la présence de ces individus "mis de côté", oubliés et déshumanisés, comme avec la photographie ci-dessous.

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Notre route nous a mené jusqu'aux Palenqueros, les habitants de San Basilio, soit le dernier Palenque encore habité mais également le premier fondé par le Roi africain Benkos Bioho, au début du du XVIIe siècle. Le jeune homme avait été réduit en esclavage puis déporté par les Portugais afin d'être vendu à Carthagène des Indes, d'où il est parvenu à s'enfuir. Fédérant d'autres esclaves "fugitifs", ils se sont enfoncés dans les forêts denses du cœur de l'actuelle Colombie dans le but d'y fonder un nouvel habitat naturellement protégé par les arbres (palenque = palissade).

Aujourd'hui, San Basilio est inscrit par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine immatériel de l'humanité, notamment pour sa langue locale (mélange d'espagnol et de dialectes du continent africain), sa musique et ses rituels.

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L'extrême pauvreté du village est frappante : routes en terre, habitats de fortune, eau non potable et rivière polluée composent la réalité de cet endroit que les villageois nomment "un petit coin d'Afrique au nord de l'Amérique du Sud". 

Leur histoire et leur présent sont un patrimoine, ainsi que les vestiges d'une économie de la déportation et la vente d'hommes et de femmes. La mondialisation est passée par cette étape et a transformé tout un continent en une ferme de l'occident.

Aujourd'hui, ce système qui a vu s'effondrer le coût de la main-d'œuvre et asseoir l'existence des factory avec l'industrialisation de la Grande-Bretagne, a vu émerger de nouvelles formes d'esclavages modernes. Ces flux sont eux toujours vecteurs de transformations et de destructions.

Pour aller plus loin Les Routes de l'esclavage : une série télévisée documentaire ayant trait à l' histoire de l'esclavage coréalisée par Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant, avec Arte et l'UNESCO.

C’est l’histoire d’un monde où la traite d’esclaves a dessiné ses territoires et ses propres frontières. Un monde où la violence, la domination et le profit ont imposé leurs routes. " 25 millions de personnes ont été déportées à une époque où il n’y avait pas de pétrole. C’est la force de travail, c’est le corps même de ces êtres humains sacrifiés qui a été le moteur d’une croissance occidentale à marche forcée. L’esclavage à la racine d’un capitalisme mondialisé. " - France Inter

Les résidences en
Amérique du Sud

2018

Troisième résidence en Amérique-du-Sud, nous avons parcouru le Nicaragua d'ouest en est, traversant le plus grand lac d'eau douce d'Amérique Centrale : 

l'écologie du pays est menacée en raison d'un projet de canal interocéanique, porté par la Chine et son rêve de voir naître une route commerciale globale.

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