" Débacle Urbaine "

Jardin des Plantes, Lyon 1er 

Histoire de confinement

 

Nous sommes le 27 avril 2020 quand j’aperçois, à quelques mètres de mon domicile, ces affiches destinées aux électeurs de la ville de Lyon. Les couleurs sont pâles ; les visages s’effacent et je ressens la sordide impression de faire face à quelques fantômes. « Les fantômes de notre société », me dis-je. Ces individus me sont inconnus et pourtant l'on m’impose leur présence dans l’espace public. C’est cela, la démocratie. Des anonymes devenus des personnalités publiques. Difficile de ne pas penser alors au symbole, car ils représentent la politique ; ce système à l’origine du fiasco des municipales 2020, maintenues la veille d’une annonce qui fera date : le début de plusieurs semaines de confinement, avec son lot de décisions rocambolesques. J’observe ces visages et je pense à ceux qui ne seront plus qu’un souvenir ; aux plusieurs milliers d’anonymes victimes de ce virus et qui ne sont qu’un chiffre à analyser aux yeux des gouvernants.

Revenant aux premières heures du confinement, observant mes photographies depuis le 17 mars 2020, je visualise une trame proche de l’autoanalyse (ou auto-psychanalyse). Au fond, tout artiste que je suis, il m’était capital d’intégrer cet événement afin de produire une forme d’expression personnelle à partir de son contenu : l’enfermement, la distanciation sociale, les lois liberticides et les « gestes barrières », ainsi que l’urbain – ce paysage qui sera désormais le seul habitat auquel me confronter pour les deux mois à venir. Habitué à l’exploration des friches industrielles depuis près de dix ans, la ville et ce périmètre d’un kilomètre autour de mon domicile devenaient mon nouveau terrain de jeu…

Mes premiers pas dans ces rues vidées de leurs habitués m’ont amené à comprendre une chose : ce n’était pas le photographe de friches urbaines qui explorait désormais la ville ; la friche s’était étendue à la ville. Lorsque je montre mes photographies d’usines abandonnées, sans âme qui vive, j’annonce : « il s’agit là d’un saut dans le temps vers le post-apocalyptique ». Finalement, depuis tout ce temps, je photographiais le pré-apocalyptique. Ce vide flagrant, dans ces architectures chargées d’histoires, était trop grand ; trop lourd ; vertigineux.

Sans réellement y réfléchir, mon dos s’est courbé et je me suis de plus en plus baissé, en quête de repères, produisant d’étonnantes images minimalistes ; des focus sur quelques détails de mon quartier, réduisant peu à peu mon champ de vision. Une réduction qui s’opérait en corrélation avec la réduction de l’espace qu’il m’était possible d’explorer. Des images étonnantes car inhabituelles, cette esthétique n’ayant jamais été la mienne.

 

1/4

Néanmoins, ces images ne satisfaisaient pas mon désir d’expression. Je contenais un sentiment trop fort d’enfermement. Chaque sortie devenait davantage angoissante, apercevant un lointain horizon qui m’était inaccessible. Alors j’ai créé, différemment, matérialisant ce que je ne savais exprimer. Je ressentais le confinement et la barrière qu'il impose. Celle-ci, invisible comme l'est le virus. Il me fallait lui donner une présence physique et c'est ce que j'ai cherché à représenter par l'interaction numérique (utilisation du logiciel Photoshop CS2), à l'aide de calques, de pinceaux…

La couleur rouge devint symbolique tant du danger que de l'interdiction. J'ai choisi une allure de barrière virtuelle avec cet effet "néon" car il renvoie à ce que l'on aperçoit dans les jeux vidéos (extension de l'espace vécu) lorsque des secteurs d'une carte sont bloqués, inaccessibles. Cette barrière, légèrement opaque, laisse deviner l'arrière plan. C'est alors un objectif, un espoir. Par ce geste, je viens enfin poser un verrou à ma propre photo, un  sabotage de l'image.

1/2

" Le Militantisme n'est pas Affaire d'Attentisme "

Graffiti au service Archéologie, Lyon 1er - Anonyme à proximité du Jardin des Plantes, Lyon 1er 

 

 

Aujourd'hui j'accuse le gouvernement français d'opportunisme politique, plus que d'incompétence. Si la France est bien en guerre, c'est contre elle-même : l'autrice Naomi Klein explique depuis plusieurs années comment les élites de notre monde appliquent la Doctrine du Choc. On peut ainsi s'interroger : qu'espère notre gouvernement en provoquant un déconfinement partiel si peu maîtrisé, quand les plaintes contre ses représentants sont portées par dizaines ? Notre confinement et nos morts sont le résultat de choix politiques ; une équation cynique établie au profit de l'économie mondiale. Seront sacrifiés les plus faibles et les plus démunis. Les quartiers les plus pauvres sont abandonnés tandis que les pouvoirs publics espèrent ne pas être confrontés aux émeutes de la faim. Des milliards sont versés à des actionnaires, d'autres à des multinationales, mais nous n'avons pas de masques. La France est une puissance mondiale technologique, mais nos aînés meurent dans une assourdissante indifférence.

Il y aura bien un débat et une lutte pour le monde d'après, mais ils ne doivent pas devenir l'apanage des gouvernants d'avant.

1/2

" Planète Terre " - Lyon, avril 2020

Captation du reflet du ciel et des arbres dans l'assise d'une chaise

 
> Retour aux projets <

Coutable Nicolas 2020, Lyon (Fr)

nicolas.coutable@gmail.com

  • Noir Icône Instagram