territoires en Friche

Dès mon arrivée dans la ville portuaire de Dunkerque, en 2010, j'ai été frappé par l'abondance des friches industrielles, voyant en elles les déchets de nos sociétés qui sont portées par le consumérisme, aux dépens de l'environnement.

Ces lieux sont des Stigmates dans nos paysages ; les résidus du marché, ainsi que la représentation métaphorique des laissés pour compte : les usines transforment de la matière en valeur marchande, déshumanisant ainsi l'ouvrier qui est devenu lui-même une matière première jetable.

La "Ferme France" a perdu plus de 600.000 ha de surface agricole utile (SAU) ces dix dernières années - un chiffre en corrélation avec celui de la bétonisation du territoire national. Cette série a permis de croiser ces mondes, entre celui de l'ouvrier exploité et l'agriculteur abandonné, marginalisé...

Après le paysage industriel, j'ai donc étendu ma recherche en explorant le paysage agricole de notre territoire national. Je me suis intéressé à un autre genre d'ouvriers, en interrogeant les conditions de vie cette fois des agriculteurs : pour une profession frappée par la solitude des exploitants, ces conditions sont pour beaucoup d'entre eux jugées difficiles.

La Mutualité sociale agricole dénombre plus de 2 suicides par jour en moyenne chez les agriculteurs, exploitants et salariés, soit 12,6% de plus que la moyenne des autres professions. Ce chiffre explose chez les agriculteurs les plus pauvres (57% chez les bénéficiaires de la CMU). Deux activités sont particulièrement touchées : les éleveurs bovins et les producteurs laitiers. La série ci-dessous illustre ce propos, avec l'exploration de l'une de ces exploitations laissée à l'abandon dans le Pas-de-Calais.

L'absence de vie dans mes travaux photographiques devint d'abord symbolique - par l'interprétation d'objets, tels des trouvailles archéologiques - avant d'être un obstacle. Mon désir de donner corps aux individus, jusqu'alors fantomatiques, m'a ainsi poussé plus loin encore dans ma recherche. En 2015, L'épouvantail, objet témoin d'une agriculture traditionnelle, s'est imposé à moi comme l'égérie de ce travail : son anthropomorphisme est à opposer à la déshumanisation de l'activité industrielle et l'aliénation de l'identité des ouvriers, comme des agriculteurs. Pourtant protecteur des récoltes, l'épouvantail est associé à l'effroi dans la culture populaire. La sociologue Françoise Duvigaud en parle comme d'un "objet carrefour", un "phénomène social total".

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En 2019, Marthe Magrou publie sa thèse : Technique et nature cultivée : entre symbolisme et pratiques agraires : approche anthropo-sociologique des épouvantails dans les champs : études en nord Nouvelle-Aquitaine. Un document devenu une ressource scientifique inestimable.

La sociologue s'intéresse notamment au décalage culturel que semble révéler l'utilisation d'épouvantails dans les champs de l'agriculture intensive ; questionne le symbolisme et " l'anthropologie de l'imaginaire " ; pour enfin représenter la paysannerie comme un groupe social à part et poser " les causes systémiques du suicide des agriculteurs ". 

Pour aller plus loin Le Temps des Ouvriers, une série de 4 épisodes à voir sur Arte :

Du début du XVIIIe siècle à nos jours, Stan Neumann déroule sur plus de trois siècles l’histoire du monde ouvrier européen, rappelant en une synthèse éblouissante ce que nos sociétés doivent aux luttes des "damnés de la terre".  Dès le début du XVIIIe siècle, en Grande-Bretagne, une nouvelle économie "industrielle et commerciale", portée par le textile, chasse des campagnes les petits paysans et les tisserands indépendants. Pour survivre, ils doivent désormais travailler contre salaire dans des fabriques (factories) qui rassemblent plusieurs milliers d'ouvriers, sur des métiers appartenant à des marchands devenus industriels. C’est la naissance de la classe ouvrière anglaise.

Exploration en Norvège

et exposition à Paris

2014

Durant prêt de 4 mois j'ai eu l'opportunité d'exposer mes premières photographies à Paris, auprès de la galerie Ariel Novak.

La même année en Norvège, j'ai fait pour la première fois le constat et l'analyse de la mécanique de Terraformation, à l'origine de l'anthropocène.

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