PAYSAGES PLURIELS

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La notion de Paysages pluriels est née de mes nombreuses années d'explorations de friches industrielles, de territoires isolés en Amérique du Sud, ainsi que de mes observations en Norvège ou en France : j'arpente nos paysages afin d'en révéler la beauté et la fragilité, aussi pour me confronter tant à notre conception de la nature, qu'à nos interactions avec l'environnement. Ces recherches ont abouti sur un concept mis en image : les Flux Organicistes.

Ma confrontation à l'anthropocène a précisé mon regard lors de ma participation à l'exposition collective Regards sur nos Restes aux Halles du Faubourg, en 2020. Ces Paysages pluriels seront présentés en décembre 2022 à l'occasion d'une nouvelle exposition personnelle, dans le cadre de Grenoble Capitale Verte Européenne !

Paysage portuaire

Dunkerque, 2016

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Paysage naturel, ou artificiel ?

Vercors, 2021

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Paysage artificiel

Barrage de Grand Maison, 2022

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Cimetière portuaire

Dunkerque, 2015

Ces navires de la CGG sont maintenus à quai pour désarmement. La société, en faillite en raison d'une crise de l'offshore, participait à l'exploitation des profondeurs marines à l'aide de cette flotte équipée de matériels sismiques, afin "d'interpréter la présence de réservoirs d'hydrocarbures". Ces bateaux seront restés au port de Dunkerque pendant 4 années, créant une "zone morte" de l'activité portuaire par la présence de ces "restes".

Ils ont intégré en juillet 2019 la flotte norvégienne de Shearwater & Eidesvik, en partance dans le nord de l'Europe avec l'espoir d'y découvrir de nouveaux réservoirs de pétrole et de gaz.

En 2014 en Norvège, j'ai photographié ce Rockpiper, un navire servant à poser les pipelines océaniques qui connectent les plateformes pétrolières aux raffineries.

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Paysage économique

Norvège, 2014

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Cimetière portuaire

Argentine, 2015

Le port de San Antonio Oeste était parmi les plus importants de Patagonie au XXe siècle, principalement grâce au commerce de la laine. Cette activité décroît rapidement lors de l'arrivée du chemin de fer Buenos Aires - Barilochen, jusqu'à cesser de fonctionner.

 

L'économie mondiale construit et détruit des territoires. Le lac Cocibolca au Nicaragua est devenu un symbole de lutte contre la corruption, mais également contre la globalisation des marchés économiques. La Chine investit des milliards à travers le monde pour reconstruire une "route de la soie". Un projet de canal-interocéanique menace désormais ce lac d'eau douce et les milliers de paysans qui vivent de cette ressource. 

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Lac Cocibolca, Paysage naturel et menacé

Nicaragua, 2018

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Carthagène des Indes, cité portuaire et Paysage touristique

Colombie, 2017

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Paysage touristique

Bergen, Norvège, 2014

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Paysage touristique

Pont d'Arc, Ardèche, 2021

Le tourisme a modifié notre manière de consommer l'espace. Aujourd'hui, des sites naturels sont détériorés par des mouvements de populations qui génèrent toutes formes de pollutions, comme ici au Pont d'Arc. En 1977, FR3 révélait déjà ces nuisances avec l'affluence de touristes venus descendre l'Ardèche en canoë kayak. Un rapport d'analyses sanitaires publié en 2019 fait état de la mauvaise qualité de ces eaux à chaque fin d'été.

La même année, Le Monde écrivait " Avec les canicules à répétition, les sapins virent au rouge et les arbres meurent ". Même problème avec la plupart des essences de chêne : les gardes forestiers tentent de préserver ces espaces naturels en recréant un paillage naturel à partir du bois mort.

Stigmate

l'Ain, 2019

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Colonisation

Les 2 Alpes, 2020

Les refuges : une iconographie que l'on retrouve largement sur les réseaux sociaux où sont popularisés ces spots, aux dépens de plus en plus de la nature. Je me suis confronté cette fois aux paysages des Alpes, où je m'intéresse aux nombreux refuges que l'on laisse à disposition des voyageurs.

Mais de quel voyage s'agit-il ?  En France, on comptabilise le chiffre très précis de 3357 cabanes et refuges dans nos montagnes. Véritable empreinte de l'activité humaine de loisirs, j'y perçois une forme de colonisation d'un espace qui n'est pas un lieu de vie, mais bien de consommation : on y vient pour prendre ce que la nature a à nous offrir, sous la forme d'activités sportives et touristiques.

Habitat, habité

Col des Aravices, 2021

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Fagor-Brandt

Lyon, décembre 2016

J'entre dans des friches industrielles afin d'interroger ces lieux en tant qu'objets signifiants. Plus qu'un problème systémique source de pollution, ces "stigmates" apparaissent dans notre paysage chargés d'une histoire.

Depuis 2016 je construit un projet photographique sur le site industriel des anciennes usines Fagor-Brandt à Lyon. Je me suis d'abord intéressé à la dimension matérielle et patrimoniale de cette friche, pour enfin mettre en lumière son patrimoine immatériel par le biais des portraits des anciens ouvriers volontaires, qui participent à ce projet afin de préserver et diffuser leur mémoire ouvrière :

> Fagor-Brandt <

Les relations que nous entretenons avec la nature doivent-elles se réduire aux activités de loisirs ? Le tourisme vert se développe de plus en plus sur nos territoires. Le fameux “bol d’air” est pourtant révélateur des contradictions existantes entre préservation de la biodiversité et exploitation du vivant. Dans cette exposition, Nicolas Coutable met en exergue la fragilité humaine qui nous pousse à profiter et user, au lieu de comprendre et préserver. Il s’agira également de remettre en question la notion de paysage, conception anthropocentrée qui limite et segmente la nature à travers les yeux des hommes. " - Romain Weber, Directeur Artistique de la Maison Gutenberg.

" Par la prise de vue, le photographe crée du paysage. En effet, il limite et cadre une étendue spatiale à travers des critères visuels et esthétiques. Il propose un regard, une vision subjective et anthropocentrique d’un espace donné. En tant que créateur de paysages, le photographe a donc une part de responsabilité dans les considérations que nous avons de nos territoires.

Nicolas Coutable fabrique également du paysage. Pour autant, ses critères ne sont pas uniquement esthétiques, son cadrage veut surprendre, informer et rendre compte de certaines réalités. Par “ses” paysages, l’artiste tente de capter la mainmise de l’homme sur la planète et ainsi faire réagir. "

" Originaire de Dunkerque, ville portuaire, Nicolas Coutable s’est naturellement intéressé aux rôles des ports et des flux commerciaux qui redessinent les paysages. Porté par la vision d'un monde organique dans lequel chaque mouvement crée une modification de l'espace habité, Nicolas Coutable tente de matérialiser par l'image une interprétation objective de l'influence des flux sur les territoires.

Ce regard a donné naissance à une vision philosophique de ce qu'est l'organicisme, inspiré du mécanisme : une philosophie de la nature selon laquelle l'Univers et tout phénomène qui s'y produit peuvent et doivent s'expliquer d'après les lois des mouvements matériels, ce qui nous a amené à penser la société comme un organisme, ou pour reprendre le géographe Michel Lussault, comme un métabolisme. "

" En 1900, seul un homme sur dix vivait en ville. Aujourd’hui, plus d’un sur deux dans le monde vit en milieu urbain. La part des citadins est plus forte dans les pays du Nord et en Amérique latine, où elle dépasse les 75 %. L’urbanisation crée des nouveaux types d’espaces et de paysages. À la verticale, de grands immeubles sont construits. À l’horizontale, l’étalement urbain grandissant prolonge les villes vers les espaces naturels.

La responsabilité politique et économique dans la transformation de nos territoires est donc évidente dans un monde globalisé comme le nôtre. Pour autant, les décisions politiques et économiques découlent bien souvent de nos comportements et aspirations personnels. Nicolas Coutable soulève ainsi la question de la responsabilité individuelle dans la crise écologique actuelle, nécessaire pour espérer un changement de paradigme profond. "

" Nicolas souhaite enfin montrer l’inversion totale, où le paysage devient complètement artificiel, c'est-à-dire entièrement créé de la main de l’homme. À l’inverse, la volonté d'amener le visiteur à chercher de lui-même la présence, ou non, d’éléments se rattachant à la nature.

La question esthétique se pose : nous assimilons fréquemment nature et beauté, comme si cette première symbolisait une certaine idée de pureté. Pour autant la fascination des hommes pour l’artificialité de certains espaces est prégnante dans l’histoire de l’art. "